Les mœurs

L’homme et le chien ont de si anciens rapports qu’il semblerait naturel que nous connaissions tout du caractère, de la psychologie et du comportement de ce compagnon qui nous est resté fidèle depuis l’aube des temps. Mais jusqu’à une époque assez récente, l’anthropomorphisme — c’est-à-dire la tendance à attribuer aux animaux nos propres réactions et nos propres sentiments — a profondément faussé les connaissances que l’on avait de ses moeurs et les hypothèses que l’on émettait à propos de son intelligence. Les spécialistes commencent seulement à systématiser leurs observations; elles les conduisent à réviser complètement les notions les mieux établies et, par exemple, à faire une assez large part à la notion de territoire. Il semble bien en effet que ce soit pour jalonner les limites de son territoire que le chien mâle le marque de jets d’urine. Mais ces observations passionnantes (voir p. 478 le chapitre consacré par Aimé Michel à la psychologie animale) appellent deux remarques : d’une part, elles n’en sont qu’à leur début et nous réservent sans doute encore beaucoup de surprenantes découvertes, d’autre part, sur un plan pratique, elles ne remettent pas nécessairement en cause ce que la physiologie, l’expérience et bien entendu aussi l’affection, nous ont depuis longtemps appris.

sentiment

Le caractère

Le caractère du chien est fonction de la hiérarchie de ses cinq sens et de la permanence héréditaire de ses instincts. Il résulte aussi d’un certain nombre de facultés qui lui sont propres et que l’on peut appeler ses dons. H témoigne enfin — surtout à notre égard — d’une affectivité profonde qui a quelque ressemblance avec ce que nous nommons chez l’homme les sentiments. C’est le mélange de ces quatre composants — sens, instincts, dons et sentiments — qui détermine son comportement social.

Les sens.

L’univers sensible du chien — c’est-à-dire la façon dont il perçoit tout ce qui l’environne — dépend de la hiérarchie très particulière de ses sens. La vue — qui joue un si grand rôle dans l’élaboration de nos sensations — est, chez lui, médiocre et il est probable qu’il ne peut distinguer sinon les couleurs du moins leurs nuances. Le toucher et le goût existent, mais ne sont pas d’une grande sensibilité. L’ouïe et surtout l’odorat sont en revanche remarquablement développés. Ce sont les bases de sa perception.

Le chien perçoit, en effet, des sons de fréquences inaudibles pour les autres espèces.

L’odorat est encore plus indispensable au chien pour s’organiser dans son univers. Il est si indispensable que la perte complète de ce sens peut entraîner des troubles graves allant parfois jusqu’à la mort. C’est cette sensibilité olfactive qui lui permet la reconnaissance de son territoire et du sexe de ses congénères, qui le guide dans le choix de sa nourriture et détermine son emploi pour la chasse, le dépistage, etc. C’est donc un univers tout particulier que perçoit le chien. Il semble qu’il le reconnaisse d’abord de façon auditive et qu’ensuite la reconnaissance précise soit de nature olfactive.

Les instincts.

Les facultés instinctives du chien sont nombreuses et intéressent aussi bien son alimentation que sa sexualité ou sa défense contre les agressions extérieures. Elles sont innées, héréditaires et impératives.

La poursuite du gibier:

le chien poursuit le gibier instinctivement, de même qu’il détruit rapidement les proies vivantes qu’il a pu saisir en les secouant nerveusement autour de sa gueule. Cette tendance instinctive du chien de chasse (lévriers, terriers, bassets, en particulier) a été combattue et réprimée pour la création des autres chiens de chasse, chien d’arrêt en particulier, par les éleveurs et les cynotechniciens avertis. Cet instinct de secouer le gibier est déjà visible chez le chiot, quelle que soit sa race: il prend aisément un chiffon pour un lapin et le secoue vigoureusement pour le tuer sans que ni sa mère ni son maître le lui ait jamais enseigné.

Le brouillage des pistes :

en enfouissant ses excréments, le chien brouille sa piste afin d’éviter de donner sa position à d’éventuels poursuivants. Cette tendance est voisine de celle du renard qui, poursuivant la trace d’un gibier qu’il se destine, perturbe par une sécrétion abondante de ses glandes anales le tracé de la piste qu’il suit.

Le salut des chiens :

il est lui aussi instinctif.

La préparation de la couche :

elle peut aussi être considérée comme un instinct héréditaire. Avant de s’endormir chaque chien, fut-il teckel ou lévrier, tourne en rond, secoue et organise sa couche avant de s’y enrouler sur lui-même laissant la tête vers l’extérieur, aux aguets.

Le rassemblement du troupeau.

L’homme, berger avant d’être chasseur, a d’abord exploité à fond cette faculté instinctive du chien de tourner autour des groupes d’êtres vivants ruminants, oiseaux et même humains. Cette faculté vient peut-être de méthodes ancestrales de chasse : la meute isolait par stratégie une fraction d’un troupeau pour pouvoir l’attaquer plus aisément.

Le sens de l’orientation :

il peut également être assimilé à un instinct. Il est très poussé chez le chien et de multiples expériences ont démontré qu’un chien pouvait retrouver sa maison avec une grande rapidité sans qu’il puisse faire jouer sa mémoire. Aucune explication n’a été donnée à ce sens de l’orientation •

La prévision des séismes :

elle peut être également assimilée à une faculté innée. Lors de tremblements de terre graves, il est fréquent de constater la fugue de la majorité des chiens, ordinairement très liés à leur maître, deux ou trois jours avant le déclenchement des secousses telluriques.

Les dons.

Ce sont des caractères moins régulièrement répartis que les instincts; certains sujets peuvent en être richement pourvus, d’autres sont au contraire moins favorisés à cet égard. L’expérience et le dressage peuvent les développer.

L’adaptation.

C’est une faculté très importante et très profonde chez le chien, qui est un animal essentiellement perfectible, capable de s’adapter à toutes les conditions de vie et sous tous les climats. Un chien de berger rustique, qui ne compte dans ses ascendants que des chiens de berger rustiques, peut très bien et très facilement s’adapter à la vie urbaine surtout s’il y est introduit jeune.

La mémoire.

Elle dépend, essentiellement, de la capacité d’attention du sujet, qui est très variable selon l’âge, la race et l’individu. Mais le chien est toujours capable d’attention et il peut conserver le passé pour s’en resservir éventuellement. Les associations entre les différentes expériences passées et présentes sont possibles. C’est sur elles que repose la notion de dressage qui oblige le chien à se souvenir de ce qu’il a fait et doit faire dans les mêmes circonstances que celles où il est placé à ce moment précis.

L’intelligence.

Elle est certaine, en tant qu’intelligence animale, puisque le chien est capable d’apprentissage, d’effort intellectuel pour concevoir une manière d’agir et donc de réflexion et de compréhension.

Il lui arrive même de formuler des hypothèses qui peuvent être abandonnées en cours de route si le but escompté n’est pas atteint. Le chien peut être, malgré l’avis de certains, capable d’une sorte d’abstraction en rapportant par exemple à son maître des objets qui n’ont aucune signification pour lui. Toutefois, cette intelligence est limitée : le chien ne semble se référer qu’au passé et à l’expérience vécue, mais jamais à l’avenir.

Les sentiments.

Le chien a des liens affectifs très forts avec l’homme. Toutefois, son maître n’est pas toujours le seul objet de son affection et certains chiens sont attirés par des hommes ou des femmes qui ne semblent pas avoir une sympathie particulière pour eux.

De même, un chien peut se lier d’amitié pour certains animaux et détester ses congénères. De même aussi, il peut avoir des antipathies profondes, inexplicables, qui indiquent chez lui le sens du choix.

Joie, anxiété, sentiment d’abandon pouvant aller jusqu’à une attitude désespérée, fidélité, sentiment de soumission et d’obéissance, énervement sexuel, mais aussi comportement platonique en amour sont des aspects divers et multiples du monde sentimental canin qui peuvent intéresser le chien et son maître tout autant que le chien et sa femelle.